LE TRAIN MÉCANIQUE

« La Curiosité nous tourmente et nous roule, Comme un Ange cruel qui fouette des soleils. » Charles BAUDELAIRE

A tous les enfants ou les anciens enfants trop curieux.

Parfois les Père Noël sont moins malins que les enfants !

Il était une fois un petit garçon qui, depuis sa plus tendre enfance, avait une irrésistible envie d’apprendre et de découvrir tous les secrets qui l’entouraient.

Son brave père, qui était facteur préposé des P.T.T. dans un petit village de la Drôme des Collines, semblait collectionner tous les objets insolites et hétéroclites qu’il « dégottait » au cours de ses tournées. Chaque début d’après-midi, avant de retourner en classe, subrepticement, le jeune garçon inspectait les grands sacs de toi1e bleue pendus de chaque côté du porte-bagages du vélo paternel.

Ainsi, pêle-mêle, au fil des jours ouvrables, les sacoches se retrouvaient bourrées de bouts de ficelles multicolores, de pierres de toutes formes et de toutes grosseurs, de morceaux de bois ou de ferraille inutilisables en l’état.

Sous un hangar, dans un vieux placard en sapin qu’il avait rafistolé avec deux tôles clouées issues de gigantesques boîtes de conserves, suivant le sacro-saint principe du « ça peut toujours être utile un jour  » ce méticuleux fonctionnaire rangeait religieusement tous ces inestimables trésors.

Son petit garçon connaissait bien cette intéressante cachette, et, lorsqu’il voulait construire un arc véritable, un redoutable pistolet en bois ou une impressionnante épée de Zorro, il trouvait là, matière à mener à bien ces différents et prétentieux projets d’entreprise. Un jour du début du mois de décembre, les sacoches semblèrent enflées de rondeurs plus fières et plus prometteuses qu’à l’habitude.

Effectivement, deux grandes boîtes rigides en carton, pliées dans un fort papier vert foncé, prenaient là tout le volume utile. Indiscrètement, en déchirant un tout petit peu un coin de l’une des solides enveloppes, le vilain garnement tenta vainement d’en découvrir le contenu. Mais, à son grand désespoir, rien ne se dévoila à ses yeux alléchés.

Cause perdue, les paquets avaient été hermétiquement ficelés par des doigts avertis. Alors, pour l’heure, il n’insista pas. Comme il pensait que le temps travaillait pour lui, dans sa petite tête de « sale mioche », il se disait qu’il découvrirait, certainement bientôt, leur destination.

Malheureusement, l’inspection qui suivit le déçut profondément. Dans le fabuleux placard de rangement, pas le moindre soupçon de grosse boîte en carton, pas même quelque chose qui y ressemblât de près ou de loin.

Mais, où était donc passé le mystérieux contenu des sacoches prodigues ?

Toute la journée du jeudi, le garnement fouina méthodiquement dans tous les lieux susceptibles de cacher les intrigants colis.

De la cave au grenier, tout y passa. Mais rien qui ait pu avoir l’apparence de séduisants paquets.

Alors, s’asseyant en tailleur, la tête entre les mains et les yeux clos, il réfléchit longuement. Il avait pourtant tout examiné avec soin, contrôlé tous les moindres recoins, vérifié minutieusement tous les endroits de la maison susceptibles de faire de bonnes cachettes.

Tous, oui tous, sauf !

Sauf la chambre parentale qui lui était ordinairement interdite sans permission. « C’est là ! C’est là ! Que se trouve la solution, songea-t-il enfin les yeux brillants » En effet, un simple coup d’œil sous le grand lit de noyer ciré lui dévoila l’objet tant convoité de ses recherches.

Comme pétrifié par l’émotion, il n’osait pas le prendre. Pourtant, au bout d’une longue hésitation, il se résolut enfin à défaire les enveloppes vertes et à ôter le couvercle des solides cartons pour voir ce qu’ils contenaient. Méticuleusement rangé dans les boîtes, attendait un magnifique train mécanique en métal noirci avec tout ce qui doit l’accompagner ; un train digne de ce nom avec Wagons, rails, passages à niveau, etc, etc… Tout un rêve s’offrait à son regard ébahi. Tout était là, presque flambant neuf. Deux récipients en carton n’étaient pas de trop pour tout contenir. Et, oui, passés dans les mains agiles du tonton bricoleur, la brillante petite locomotive d’occasion et ses indispensables accessoires étaient pratiquement redevenus comme au premier jour de leur sortie d’usine de jouets.

Se sachant seul dans la maison pour quelques longues minutes encore, ne pouvant plus tenir, les bras surchargés, il emporta dans sa chambre l’intéressante trouvaille pour jouer « un tout petit peu…; un tout petit moment » avec.

Puis, discrètement, avant que quelqu’un ne revienne pour le surprendre, il referma le précieux paquet et le replaça où il l’avait trouvé.

Ce matin de Noël, dans les plus petits souliers de la famille, pour la première fois de sa vie de petit bonhomme, se trouvait un paquet cadeau mal enveloppé et très mal ficelé. « Tiens tiens, C’est bizarre, remarqua un papa faussement sérieux, Il va falloir changer de Père Noël, il doit être devenu trop vieux, il a dû retomber dans l’enfance. Il a ouvert les cadeaux des enfants pour s’amuser avec ! »

A partir de ce jour-là, c’était fini. Le jeune chenapan ne crut plus jamais au gentil et généreux visiteur de Noël.

Cependant, la leçon ne l’empêcha pas pour autant à l’avenir, de continuer à être toujours aussi curieux.

Et, pour son plus grand bonheur, presque arrivé à l’âge des Pères Noël, il l’est, paraît-il, toujours autant aujourd’hui