UNE BLAGUE DE TRÈS MAUVAIS GOÛT

Souvenirs d’en France

« Rivalité n’est pas nécessairement hostilité. » Sigmund FREUD ; Malaise dans la civilisation (1929)

Aujourd’hui, je vais vous parler d’un temps que les moins de 70 ans ne peuvent pas connaitre. Le beau village-joie de mon adolescence, Saoû, était, en ce temps-là, un lieu d’attraction pour les citadins pendant « les grandes vacances ».

Ainsi, un certain nombre de Parisiens venaient y respirer le bon air et apprécier son cadre, sa tranquillité et son célèbre Picodon. Ma grand-mère qui semblait égayée par leur présence leur avait donné l’amusant sobriquet de « Prend l’air ».

Leurs enfants étaient souvent étonnés par cette vie placide et ce manque de trépidations sociales.

Avec les gamins locaux, la plupart devenait de bon camarade de vacances. Parfois même des amourettes bucoliques et éphémères naissaient dans la fraicheur au bord du Roubion, ou dans la discrétion des bosquets de la forêt.

Néanmoins, il y avait un petit clan mené par un petit chef du même prénom que le célèbre chanteur parisien de Valentine. (Maurice Chevalier)

Maurice voulait démontrer aux petits pagus (paysans un peu arriérées, limite stupides) que les immenses vertus de la capitale supplantaient dans tous les domaines celles de la cambrousse.

Pour contrer les comparaisons et les grimaces désobligeantes de Maurice et de ses acolytes, la seule réponse que nous apportions alors était de leur crier en chœur, en rythme et de loin : « Parigot tête de veau, Parisien tête de chien ».

Maurice et sa clique étaient cependant très intéressés par une friandise à la mode que nous partagions entre locaux et avec nos amis citadins : le Cachou Lajaunie.

Le Cachou Lajaunie était et est encore aujourd’hui, une petite pastille carrée de couleur noire brillant à la réglisse, vendue dans une boîte métallique jaune et ronde.

Comme nous savions si bien le faire pour attraper quelques grives gourmandes, à l’unanimité, nous décidâmes de tendre un piège à Maurice and co.

A l’aide de nos incontournables « Opinel à virole n°8 » bien aiguisés, nous découpions des crottes de chèvres à la taille souhaitée pour remplacer quelques pastilles carrées. La couleur et la forme étant au top, nous les mélangions avec des originales dans la fameuse et si attrayante petite boîte métallique jaune.

Nous oubliions volontairement la boîte-piège sur les bancs publics de la place des Cagnards (haut lieu de nos rendez-vous journaliers). La curiosité fit le reste.

Maurice qui avait encore un peu de vergogne et des parents intelligents comprit la leçon.

Quelques dizaines d’années plus tard, Maurice et moi-même riions encore de cette bonne blague au très mauvais goût.

Bonne journée à vous !

Alain LANDY

Photo et peinture : Alain Landy