Une petite page de Bourdeaux en 1944.

Avec les amitiés d’un vieux Bourdelais de 94 ans qui a laissé à Bourdeaux : 4 ans de son enfance…

~°~ Mémoires d’un vieux Paysan ~°~

~ En temps de Guerre ~

~ Bourdeaux Drôme, Juin, Juillet, Août 1944 ~

A cette époque nous allions, tous les jours écouter ; Radio-Londres.

Après la ”Cinquième Symphonie de Beethoven : Pan, Pan, Pan, Pan ! e.t.c,

entendre ; ”Les Français parlent aux Français”… Chez le père Chèze.

Plus exactement, un célibataire d’une cinquantaine d’années, qui vivait, avec

sa mère sur une petite propriété, mais on l’appelait ; le ”Père Chèze”.

C’est lui qui avait une batteuse et un tracteur Lanz, roues en fer, semi-diesel, sur le coté de celui-ci il y avait une poulie où ce positionnait une grande sangle qui faisait tourner la batteuse.

Mais, avant les battages, en pleine saison des moissons, qui duraient une quinzaine de jours, nous allions religieusement, tous les jours, chez le père Chéze ( car il était le seul, des voisins, à posséder un poste de T.S.F ) pour avoir des nouvelles de la ”Guerre”.

Moi ! Douze ans, mon frère dix, mon père et quelques voisins.

Mon père, qui faisait parti de la Résistance, à l’époque nous ne le savions pas, il avait pour mission, une nuit sur deux, d’aller faire le guet à une dizaine de kilomètres au col qui se trouve sur la route de Bourdeaux à Crest.

Puis il eut pour mission de s’occuper du parachutage d’armes qui se faisait sur un terrain pas très loin de notre petite ferme de Chaudens,

Mais soudain ! Le 21 Juillet, alors que nous râtelions du foin avec mon frère d’énormes avions noirs, traînant des planeurs, sont passés au dessus de nos têtes, nous avons crus, sur le moment, que c’était des Américains. Ce n’est que beaucoup plus tard que nous avons appris le ”Drame du Vercors”.

C’est à cette époque qu’ une fois les battages finis mon père est parti au Maquis de Montélimar, puis fut enrôlé dans la 29 ème Compagnie Chasseurs Alpins et s’est retrouvé en août adjudant-chef, à St-Jean Maurienne. en plein baroud .

Quelques temps à Modane et tout le mois des septembre à Termignon…

Or, dans ce secteur, sa Compagnie captura trois ”Mongols” aux poches pleines de montres et de bijoux, signes et preuves des atrocités qu’ils avaient commis…

Puis, mon père et sa Compagnie, fut envoyé sur le front de Strasbourg, où il passa l’hiver, ayant assisté à l’arrivée des chars de l’Armée Leclerc.

Quand à nous… A l’aube du 15 Août, depuis Bourdeaux, nous entendions le bombardement produit par le débarquement des Alliés en Provence…

Et sur ces entrefaites le père Chèze nous à dit : ”Vous savez, mes enfants, les Américains arrivent avec tout leur matériel et leur progrès, et un jour, nous les paysans, pour nous : tout sera foutu !” … Textuel !

Cette phrase s’est ancrée en moi et m’a marquée toute ma vie…

Jean-Claude Brès

Bergerac Déc 2021