La Cie Samildanach et le Festival de marionnettes

Entre Montélimar et Dieulefit, une petite route sinueuse mène aux bois de pins et de chênes, en direction du lieu-dit Les Estampes, à Poët-Laval dans la Drôme. Et là, vous découvrirez le lieu féérique, un véritable décor de spectacle, vaste espace de bois, de verdure et de fraîcheur, où se déroule chaque année depuis neuf ans le Festival des Marionnettes, créé et organisé par Deborah Maurice. Ce festival exceptionnel est soutenu par une infatigable et amicale équipe de bénévoles.

Qui est Deborah Maurice, artiste, metteuse en scène et marionnettiste, créatrice de la Cie Samildanach1 et du Festival de Marionnettes qui présentera sa 9e édition en juillet prochain à Poët-Laval dans la Drôme ?

Une personne étonnante d’enthousiasme, d’ouverture d’esprit, de générosité et de talent. Ecossaise d’origine, elle s’est résolument mise en route dès son plus jeune âge pour découvrir le monde. Son parcours est une véritable aventure, jalonné de coups de cœur, de rencontres et de partages !

Acrobate dans un cirque en Haute-Savoie à 17 ans, elle se passionna pour les marionnettes et le théâtre d’ombres. De retour en Angleterre, elle se maria avec Oliver, mit au monde leurs quatre merveilleux enfants tout en travaillant dans diverses maisons d’accueil d’enfants et de personnes handicapées, et autres lieux fragiles (hôpitaux, prisons…) pour y animer des ateliers de marionnettes et sensibiliser un large public à la création artistique. Elle approfondit ensuite à l’université ses connaissances sur le domaine de la marionnette et du théâtre d’ombres, et publia en Angleterre son mémoire de fin d’études : « Is there still life in shadows ? ».

L’influence des cultures de l’Est de l’Europe, notamment en Tchécoslovaquie aux cotés de Petr Matasek, scénographe du théâtre de marionnettes à Prague, de l’Est du monde, de l’Islam et en particulier le Pakistan où elle séjourna de 1994 à 1998, est majeure pour elle.

Déjà dans l’esprit de collaborations de disciplines artistiques et culturelles, elle cofonda une première compagnie de théâtre de marionnettes en Angleterre avec Dominique Grandmougin, et voyagea aux quatre coins du globe pour présenter ses créations marionnettiques. En février dernier c’est en Equateur qu’elle a été appelée par une association de protection de la nature pour sensibiliser les communautés villageoises par le biais de marionnettes.

Depuis une quarantaine d’années, elle venait régulièrement dans la Drôme avec son mari et ses enfants. Ils découvrirent il y a 12 ans le domaine d’Estampes, une ancienne ferme et ses dépendances situées sur les hauteurs boisées de la commune de Poët-Laval, jouissant d’un panorama exceptionnel sur toute la région. Coup de coeur : « j’ai tout de suite rêvé d’y installer un vrai lieu pour la marionnette, pour enfin y stocker tout mon matériel et mes décors, pour y donner des spectacles, y offrir des résidences d’artistes, des stages, organiser des rencontres et monter un Festival de marionnettes ! »

Et c’est ainsi que le fameux Festival des marionnettes est né dans la Drôme, éclairé par une chaleureuse intention d’ouverture à la tolérance de l’autre et à la Paix. Grâce à son vaste réseau professionnel et amical, Deborah qui est devenue parfaitement bilingue à présent, établit de nombreuses passerelles humaines et artistiques en faisant venir des compagnies internationales et leurs spectacles de grande qualité, en donnant des coups de pouces à de jeunes compagnies débutantes, en organisant des animations variées et des stages de formation, destinés à tous les publics, aussi bien aux enfants qu’à leur famille et aux professionnels, en assurant des interventions régulières autour de la marionnette tout au long de l’année dans des écoles et des médiathèques, et en collaboration avec d’autres associations comme la Bizz’art Nomade et Mômes et Merveilles à Dieulefit.

Ainsi un véritable pôle international sur les marionnettes et le théâtre d’ombres a été créé en Rhône-Alpes, et il est très actif aujourd’hui.

Christiane Sigel

Juillet 2018

1 SAMILDANACH : est une divinité majeure du monde celte. « Lorsqu’on lui a demandé en quoi il pouvait contribuer à la ville, explique Deborah qui a donné son nom à sa compagnie de théâtre de marionnettes en arrivant en France, Samildanach répondit qu’il savait travailler le métal, la terre, raconter des histoires, faire un peu de magie, et qu’il connaissait la poésie. J’ai trouvé que c’était assez proche de la vie d’une marionnettiste, qui trouve la poésie en bricolant… »